top of page
istockphoto-952414660-612x612.jpg

Etude

L'influence sociale et groupale sur la création et l'appartenance aux Neurchis

GDNLOGO.jpg

La Gazette des Neurchis - Édition d'Octobre 2021

· Retour à la Gazette ·

Partie I : De la psychologie sociale à la Neurchisphère

 

Internet a bouleversé nos sentiments sociaux et nos interactions, nous pouvons désormais avoir un contact social à toute heure de la journée avec plus ou moins n’importe quelle personne, et même des Intelligences Artificielles et des Bots. De ce changement radical sur notre façon de communiquer, d’interagir avec nos semblables, nous en tirons des modifications comportementales, sociales, et bien entendu groupales.

Si le sujet est très étendu et peut être développé sous tous ses angles, nous ne nous concentrerons ici que sur l’appartenance groupale et les biais et conséquences sociologiques des neurchis.

Les neurchis ne sont pas les premiers vecteurs de socialisation et de groupement sur Internet, ils en sont en réalité les descendants. Les ancêtres du Neurchi, non pas dans la forme mais dans le fond, sont les pages Facebook, les forums spécifiques et les communautés de commentaires. Des lieux où un sujet spécifique est discuté, partagé, et où l’interaction se base entre des membres affiliés à un certain thème, béotiens, amateurs ou adeptes, et dont les relations dérivent souvent du thème original.

Si les membres viennent en ces lieux dans le but premier de partager des ressentis, des conseils, des questions ou des memes sur le sujet particulier, bien souvent les discussions s’éloignent et voguent sur des sujets personnels ou tout autre. C’est ainsi qu’un groupe se forme, non plus basé sur un seul point commun, mais sur un partage d’émotions et d’informations bien plus large.

Voir ainsi son interlocuteur, dans un premier temps inconnu anonyme venant nous éclairer sur une situation, ou nous partageant des sentiments, devenir une personne à part entière avec des informations intimes, développées, plus poussées, permet de sentir un lien se créer, même infime.

Il n’est plus alors qu’un compte parmi des millions d’autres, mais une personne derrière son écran qui partage des envies et des intérêts similaires, et donc une personne à laquelle on peut s’identifier. Nous prendrons bien plus volontiers des conseils d’une personne qui à la fois aime ce que nous aimons, et qui nous dévoile une partie de sa vie, plutôt qu’un utilisateur anonyme tout à fait banal.

Il en va de même pour exprimer nos émotions et nous-même dévoiler certains aspects de notre vie, qui sont bien plus aisés de partager avec une personne qui nous a envoyé des messages privés ou qu’une discussion s’est créée, plutôt que dans les commentaires d’une publication qui n’a rien à voir avec le sujet.

Mais cette interaction virtuelle, accessible et constante, a-t-elle remplacé l’interaction réelle ?

Si les introvertis sont fort heureux de pouvoir communiquer, via les Neurchis par exemple, avec bien plus de personnes que dans la réalité, et que nombre d’utilisateurs parlent bien plus avec leurs amis et proches par l’intermédiaire d’Internet que de vive voix et de face à face, nous pouvons nous demander si l’interaction réelle n’est pas là à son crépuscule.

Nous pouvons alors nous questionner, d’un point de vue de la psychologie sociale, de la nature de ces interactions et de ses buts, ses biais et ses conséquences. Sans s’enliser dans le sujet, l’interaction sociale, qu’elle soit de nature virtuelle ou réelle, plurielle ou singulière, occasionnelle ou régulière, qu’elle soit inter ou intra-groupale, reste une interaction dont nous avons la nécessité, et dont nous tirons des informations, des conseils, des étapes nécessaires, et qui sont génératrices d’émotions.

Le neurchi est donc par essence un lieu vecteur d’émotions sociales, d’interactions groupales car, de ce fait même le neurchi est un groupe, parfois mis en relation avec d’autres neurchis.

Cette affirmation, bien qu’évidente, souligne tout de même le point que toute création, qu’importe le support et l’audience visée, incite à la création et à l’intégration de groupes, et d’une façon latente et inconsciente, au développement d’une identité groupale.

 

 

 

Partie II : Remettre une pièce dans la machine

 

Le phénomène neurchi n’est pas sans précédent, mais celui-ci a de particulier son aptitude à se démocratiser bien plus rapidement, de sa plateforme qui favorise son expansion et de sa facilité de création ainsi que d’adhérence.

De cette hausse soudaine et stable dans le temps de création de neurchis, nous pouvons tirer une conclusion aisée : Le neurchi est un élément qui fonctionne.

Si à l’instar de ses ancêtres, le neurchi est voué à développer des connexions profondes entre des individus, et si en surface il paraît dérisoire ou futile, il est fort à parier que ce système de relations va tendre à s’axer sur des points de plus en plus précis.

Les forums sont un exemple typique du besoin d’appartenance groupale, un phénomène qui aujourd’hui, quoique passé de mode, reste assidûment actif et un moyen empirique d’illustrer les théories sociales. Il existe des forums pour chaque sujet, du plus large au plus spécifique, et d’une vision macro comme micro, nous pouvons y observer la même activité. Le volume d’activité ici n’est pas important, bien entendu les sujets plus larges réuniront plus d’utilisateurs, mais ce qui importe ici est la relation entre des membres du même forum. Qu’ils soient occasionnels ou réguliers, les forums doivent leurs activités à un seul facteur : l’appartenance groupale. Ce qui va être dit ici est valable tout aussi bien pour les neurchis que les autres phénomènes hors virtuels sociaux.

Sans rentrer dans des détails fastidieux, nous nous concentrerons sur l’application et la raison de l’appartenance groupale ;

Si selon Aristote « L’Homme est animal social », nous avons cependant besoin d’être un être à part entière, unique, et comme moyen de comparaison, d’opposé, nous avons les autres. Mais être quelqu’un seul ne suffit pas, nous nous identifions à d’autres personnes, nos proches en premier. Inconsciemment, et ce dès la naissance, nous nous sentons appartenir à un groupe, notre famille, celle de naissance ou celle que l’on construit, nos cercles proches, nos amis. Mais viennent également les groupes plus complexes, comme les groupes ethniques, sociaux, culturels.  Nous nous identifions volontiers aux personnes de même origine, de même identité sexuelle, de même religion, de même génération. Ces groupes varient d’autant plus et s’élargissent lorsqu’ils sont mis en opposition à un autre groupe dit « rival ». Bien qu’il n’existe dans la plupart des cas pas d’hostilité réelle ni de rivalité affirmée, nos groupes existent par définition parce qu’un autre groupe existe et est différent.

Les groupes naissent parce qu’il existe d’autres groupes différents.

Que dire du chauvinisme, même paré d’humour, ou de convictions certes futiles mais imprégnées dans la culture comme les différences de patois, des réussites de grands personnages du même groupe, ou d’évènement historiques ? Ces affirmations, qu’elles soient tournées vers un ton sérieux ou décalé, reflètent l’existence des groupes, auxquels nous appartenons parfois malgré nous.

Mais notre recherche d’appartenance va au-delà de l’inconscient et nous cherchons d’instinct à nous rapprocher de nos semblables, de personnes similaires, et nous créons des groupes et nous y adhérons.

Que cela soit via une association, un cercle qui se réunit régulièrement, des appels groupés, des réunions en tout genre, des groupes sur des jeux vidéo ou sur les neurchis, nous aimons être au sein de nos groupes. Cela pourrait expliquer, en partie du moins, le phénomène de la pièce dans la machine.

La création de plus en plus de neurchis, de plus en plus spécifiques, créés pour la boutade ou par souci de combler un vide, illustré par la CopyPasta « Remettre une pièce dans la machine », est un phénomène facilement explicable ;

Votre groupe de musique préféré n’a pas de neurchi à son nom, et le neurchi global de musique associé n’en parle pas assez ? Créez-en ! Une situation vous arrive régulièrement, et bien qu’elle soit spécifique nous n’en parlons pas assez ? Créez un neurchi !

Et si la création, même humoristique, est une étape importante dans l’identité groupale, les personnes qui y adhèrent en constituent la deuxième étape, et celles qui font vivre le groupe en sont la dernière. Nous pouvons parler de groupes sociaux quand ceux-ci sont générateurs d’interactions inter et intra-groupale, ce que sont typiquement les neurchis. Les « guerres des neurchis », prises plus ou moins au sérieux, les zuccs de neurchis dû à des signalements en masse d’un groupe adverse, la disparition subite d’un neurchi et le chagrin de leurs anciens membres et parfois même la détresse de ceux qui le cherchent en vain, sont des exemples typiques de groupes sociaux.

Les personnes qui consultent régulièrement, voire même tout le temps, ces groupes pour y trouver un réconfort, un regain d’énergie, du rire ou des conseils sont impliquées dans le groupe, et qu’elles y participent de manière directe ou indirecte, l’effet latent d’appartenance groupale est bien là, la personne appartient au groupe, y est attachée et ne pourra s’en défaire si facilement.

Autrement dit, le neurchi dans le fond est à prendre au sérieux, même si sa forme peut inciter à le prendre à la légère, car les phénomènes sociaux et les interactions qu’il génère sont au même niveau que des œuvres littéraires, cinématographiques ou vidéoludiques. De ce sentiment groupal et des émotions sociales en générale, nées de toute forme de création à but de rassemblement, découle le pilier même de la société ; l’interaction sociale.

 

Partie III : De l’influence sociale sur les comportements sociétaux

 

A contrario des modes et mouvements qui régulent nos moyens de consommation, de pensée, de comportement, les influences sociales intrinsèques et latentes des innovations font bien plus que réguler nos idéaux, elles les créé.

Si le mouvement Hippie fort à la mode au siècle dernier n’est désormais qu’un souvenir épar, notre vie actuelle est entièrement modulée par les innovations que furent Internet et ses rejetons.

Et Internet, fraîchement débarqué dans nos sociétés, est venu avec des valises remplies de changements sociaux. Nous évoquions plus haut la possibilité d’interaction sociale virtuelle facilitée et altérant les interactions réelles, mais prenons en exemple la consommation ;

Avec l’apogée de l’achat en ligne, qui est un phénomène virtuel qui pourrait passer comme sans réel impact, les fermetures de magasin, réels eux, et les innovations des magasins n’ayant pas fermé leurs portes en termes de marketing, de vente, de choix de produits et de prix qui redoublent d’effort pour garder une clientèle, est un phénomène concret directement issu des conséquences d’Internet.

Et si ce dernier ne peut être complétement considéré comme phénomène social, quid des campagnes publicitaires tournées autour des memes, des références de la pop culture, des jeux vidéo ?

L’intégration des références, créées et popularisées via Internet, dans la culture commerciale, sociale, littéraire et cinématographique appuie le point suivant ; l’influence sociale est à double sens.

Parce qu’un événement ou un meme tend à être connu, il exerce une influence sociale, par l’intermédiaire des groupes qui vont le relayer ou chercher à le détruire, et de cette même influence sociale qui va pousser les groupes à tendre vers lui des émotions, l’événement ou le meme va être d’autant plus connu car générateur de mouvement social.

Tout un panel des comportements sociétaux est basé sur les interactions groupales, en extrapolant, d’adoration ou de détestation, d’un sujet X ou d’une personne Y, générant un afflux d’informations, d’émotions et de discussions à la fois vers ce sujet, mais aussi vers les groupes qui vont aborder le sujet, en bien comme en mal. Aussi, les groupes de haters sont en ce sens aussi importants que les groupes de fan du sujet ou de la personne, générant bien qu’avec un contenu différent, un afflux similaire.

L’influence sociale des neurchis subit le même procédé, et des principes sociaux listés ci-dessus, valables pour nombre d’événements collectifs, dirons-nous associatifs, qui modèlent nos comportements. C’est ainsi que notre temps passé à naviguer, poster, commenter sur les neurchis altère notre vision sur le sujet ou sur la communauté du neurchi ou du groupe « opposé », voire même du monde en général, des idées politiques, des mouvements discriminatoires ou catégorisés comme imbéciles.

Si le ratio d’heures passées sur les neurchi influe, c’est essentiellement la nature du neurchi et de sa communauté qui va diriger nos émotions sociales et influer directement sur nos comportements sociaux, d’où l’importance de reconnaître une communauté toxique ou un neurchi qui n’est pas adapté, mais c’est un autre sujet.

 

SP

bottom of page